La malnutrition, un défi majeur face au manque de financement

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Partout sur le globe la malnutrition affecte les hommes et les économies, alerte-t-on à l'Unicef et parmi les ONG, alarmées de voir le sujet régresser tandis que l'aide publique au développement, déjà en recul, accuse un nouveau coup avec l'administration Trump.
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Le gel de l'aide américaine aggrave un contexte déjà "très tendu", a souligné Mathilde Lécluse, chargée de plaidoyer au Fonds des Nations unies pour l'enfance Unicef, à l'occasion de la présentation d'une réunion internationale organisée à Paris les 27 et 28 mars.

Prévue de longue date, cette conférence "Nutrition for Growth" réunira ministres, société civile, secteur privé, pour braquer les projecteurs sur cet enjeu jugé négligé (moins de 1% de l'aide) et collecter engagements politiques et financiers.

La Grande-Bretagne avait lancé la première en 2012 en marge des Jeux olympiques, à charge pour les pays hôtes suivants de poursuivre le mouvement.

Aujourd'hui, la lutte contre la malnutrition est critique: le taux de faible poids à la naissance stagne, le taux d'anémie des femmes en âge de procréer augmente, et l'obésité explose aussi dans les pays à revenu faible et intermédiaire, souligne la Banque mondiale.

Quelque 36 millions d'enfants de moins de cinq ans souffraient de malnutrition aiguë en 2022, 148 millions de retard de croissance, selon l'Unicef.

Or "qui dit retard de croissance dit (...) difficultés à l'école, cela obère les potentiels de développement", souligne Brieuc Pont, secrétaire général de la conférence et envoyé spécial de la France. "Quand une population est en retard de croissance, la génération suivante l'est, c'est une malédiction."

Pour ces pays, l'impact sur le PIB va de 11% à 20% de manque à gagner. A l'inverse, 100 millions d'euros d'aide publique investis contre la malnutrition, c'est 2, 3 milliards de PIB générés sur 20 ans, a calculé la Banque mondiale.

Depuis les années 1990, il y a eu des progrès: les retards de croissance ont baissé de 45%.

"Donc on a la preuve que, quand on met en place des actions de prévention et traitement de la malnutrition, de transformation des systèmes alimentaires, d'adaptation au changement climatique... cela fonctionne", souligne Mme Lécluse.

Mais depuis le Covid et son impact sur les systèmes alimentaires et sanitaires, les progrès ont marqué le pas.

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La décision américaine prise fin janvier de geler l'aide étrangère américaine pour 90 jours -- pour partie suspendue par la Cour suprême mercredi -- a représenté un coup de massue: les Etats-Unis étaient le premier donateur du Programme alimentaire mondial (33% en 2023), de l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture FAO (15%), finançaient pour 16% l'Unicef, pour 14% l'Organisation mondiale de la santé OMS...

"Nous continuons à évaluer l'impact à mesure que la situation évolue", explique Mathilde Lécluse. "Mais nous savons que des millions d'enfants n'auront plus accès à une aide vitale en particulier au traitement de la malnutrition, à la vaccination ou à l'eau potable. Par exemple, en RD Congo, les financements américains représentent presque 70% de la réponse humanitaire".

"Nous savons que plus d'un million de cartons USAID remplis de Plumpy’Nut (pâte nutritionnelle contre la malnutrition sévère, NDLR) pourront être supprimés en raison des coupes", dit-elle aussi.

"Surtout, ces coupes arrivent dans un contexte très tendu, où on avait déjà un déficit de financement estimé à 61% soit 6 milliards de dollars en 2024 pour l'Unicef", qui aide les Etats à mettre en place des plans nationaux d'alimentation.

Ces toutes dernières années, Italie, Pays-Bas, Belgique, France... ont réduit drastiquement leur aide au développement.

Fin février, Paris a décidé de créer une commission pour évaluer son aide, s'assurer qu'elle "est bien dans l'intérêt des Français", tandis que le sujet agite médias et élus ultra-conservateurs ou d'extrême droite.

Londres a acté fin février une coupe drastique pour financer ses dépenses militaires, entraînant la démission de la ministre du Développement.

Au-delà du montant des fonds, la "conférence nutrition" de Paris devra aussi se pencher sur leur usage et associer les populations, souligne Thomas Toulas, pour Action contre la Faim.

"Un sursaut est nécessaire. Nous avons plus que jamais besoin d'espaces de dialogue démocratiques, qui placent la dignité humaine au centre des débats", exhortent 600 ONG du Sud dans une déclaration avant la réunion.

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