A l'issue du procès en première instance, en décembre dernier, et après sept semaines de débat, les huit accusés avaient été tous reconnus coupables et condamnés à des peines de un à seize ans de prison.
Quatre d'entre eux ont fait appel et seront rejugés par la cour d'assises d'appel spéciale de Paris.
Une "campagne de haine"
Cela concerne les deux amis de l'assassin du professeur Samuel Paty, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, reconnus coupables de complicité d'assassinat et condamnés à 16 ans de réclusion criminelle.
Les deux autres condamnés à avoir interjeté appel sont Brahim Chnina et le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui qui avaient écopé respectivement de 13 et 15 ans de réclusion criminelle après avoir été reconnus coupables d'association de malfaiteurs terroriste (AMT), pour avoir lancé une "campagne de haine" ayant fait de Samuel Paty une "cible".
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"C'est un procès extraordinairement attendu, au vu de l'intensité des débats qui se posent et du caractère extrêmement critiquable de la décision de la cour d'assises en première instance", a réagi auprès de l'AFP, Me Vincent Brengarth, l'un des avocats d'Abdelhakim Sefrioui.
Dans leurs motivations, un document de 40 pages que l'AFP a pu consulter, les juges de la cour d'assises spéciale de Paris ont admis que Brahim Chnina, le père de la collégienne qui a menti en accusant le professeur Paty d'avoir discriminé les élèves musulmans de sa classe lors d'un cours sur la liberté d'expression où il a présenté une caricature de Mahomet, et le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui ne connaissaient pas l'assassin de Samuel Paty, Abdoullakh Anzorov.
"Un état d'esprit propre à susciter le crime"
Mais, ont souligné les juges, "les deux accusés ont, en connaissance de cause, pris le risque, malgré le danger et les menaces visant Samuel Paty, qu'une atteinte volontaire à son intégrité physique soit portée par un tiers, violent et radicalisé qui devenait leur bras armé".
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Selon les magistrats, les deux hommes "ont contribué à créer un état d'esprit propre à susciter le crime", "en attisant la colère et la haine d'un esprit radicalisé".
Cela justifiait-il de les condamner pour association de malfaiteurs terroriste, un crime passible de 30 ans de réclusion criminelle ?, s'était interrogé après le verdict Me Vincent Brengarth.
Estimant que ce qui était reproché à son client relevait d'un délit non intentionnel comme "la mise en danger délibérée d'autrui" et non d'une AMT, il avait estimé que la décision de la cour "pourrait instaurer une jurisprudence inquiétante".