Les plaignantes se sont succédées à la barre, émues d'être face à un tribunal et dans la même pièce que celui qu'elles accusent de les avoir agressées.
Marie d'abord, une journaliste qui a tourné une émission de télévision en 2007 avec Gérard Depardieu comme invité.
Des sanglots dans la voix, la jeune femme raconte le jour où l'acteur est arrivé derrière elle et lui "a pétri le dos en grognant" et en descendant vers sa jupe.
"Tout le monde rigolait, j'ai ravalé ma honte" a continué la jeune femme qui n'a jamais porté plainte.
A la barre lui succède Lucile, costumière sur un tournage avec Gérard Depardieu en 2014 sur lequel elle raconte avoir été agressée. Des faits pour lesquels elle a porté plainte l'année dernière mais qui sont prescrits.
"Dégoutée"
"Il me pousse derrière des rideaux, me met la main sur ma culotte et mon collant, sur mon sexe, sur ma poitrine. Il me dit qu'il veut faire plein de choses avec moi, que d’autres ont dit oui, que d’autres diront oui", a poursuivi la jeune femme qui a abandonné le cinéma, "dégoutée".
Gérard Depardieu a pu toutefois compter sur le soutien appuyé de Fanny Ardant, 76 ans comme lui. "Oui il prend de la place sur un tournage, oui il a une grande gueule, il dit des grossièretés", a excusé Fanny Ardant.
Comme un monologue au théâtre, l'actrice dans sa robe noire au col blanc, a déclamé un long message d'amitié au prévenu.
"Je suis ici comme amie de Gérard, je le connais depuis tout le temps donc je peux parler pour lui devant cette cour", a lancé l'actrice.
Appelée comme témoin par la défense, elle a assuré ne "jamais avoir assisté à un geste de l'acteur qu'elle aurait trouvé "choquant".
"Je suis une femme moi-même, j’ai connu des choses comme ça, j’ai balancé des claques, des insultes. Je sais qu’on peut dire non à Gérard", a ajouté l'actrice avant d'embrasser son ami sur les deux joues en sortant.
La matinée avait auparavant été consacrée à la déposition de Sarah, la deuxième plaignante.
"Je ne touche pas !"
"Je l'ai peut-être frôlée avec le dos dans le couloir, mais je ne l'ai pas touchée !", a affirmé à la barre Gérard Depardieu. "Je n'ai pas fait d'agression sexuelle, une agression c'est plus grave que ça je crois."
"Plus grave que quoi ?", l'a interpellé l'avocate de Sarah (prénom modifié), Me Claude Vincent.
"Plus grave qu'une main aux fesses. Enfin, je n'ai pas mis de main aux fesses !", s'est empressé d'ajouter l'acteur.
Gérard Depardieu a raconté n'être jamais seul sur un tournage, toujours accompagné de son équipe: habilleuse, maquilleuse, garde du corps.
Ce n'est pas ce dont se souvient Sarah, troisième assistante sur "Les Volets verts", chargée, le 1er septembre 2021, d'accompagner l'acteur de la loge vers le plateau.
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"Ce soir-là, son équipe n'est pas là", décrit la jeune femme. "On est parti des loges, il faisait nuit et au bout de la rue, il a mis la main sur ma fesse, il l'a posée tranquillement", a mimé Sarah, debout à la barre, à quelques mètres de Gérard Depardieu.
Sarah, 34 ans, a indiqué avoir été agressée ensuite à deux reprises, sur les fesses et sur les seins. Les deux dernières fois, "j'ai dit non !".
Mise au courant, la production a demandé à Gérard Depardieu de s'excuser, ce qu'il a fait "de façon assez énervée", s'est souvenu Sarah, ajoutant qu'ensuite, il lui a fait vivre un enfer, la traitant de "balance", de "folle" et refusant de travailler avec elle.
"Je ne voulais pas que des jeunes femmes viennent près de la loge parce que je suis grossier !", se défend l'acteur.
"Mais M. Depardieu, elle ne dénonce pas que vos mots, mais aussi des gestes !", est intervenu le président.
"Je suis vulgaire, grossier, ordurier, je veux bien ! Mais je ne suis pas que ça ! Je respecte les gens !", s'est-il indigné. "Je ne touche pas."