Au tribunal, les agents de la Brav-M reconnaissent leur violences et menaces

Crédit : mnirat / Adobe Stock
"Tu la fermes ou t'en veux une autre" : violences et menaces résonnent jeudi dans la salle du tribunal de Bobigny qui, via l'enregistrement réalisé par un des interpellés, replonge au coin de rue de Paris où, en mars 2023, une brigade de la Brav-M intervient en marge d'une manifestation.
À voir également sur Brut

Deux gardiens de la paix de la brigade de répression de l'action violente motorisée (Brav-M) ont été renvoyés devant la justice par le parquet pour des faits de violences par personne dépositaire de l'autorité publique et menaces de violences réitérées envers un étudiant tchadien. 

Huit autres policiers de la brigade, dont seuls sept sont présents à l'audience, comparaissent sur demande de l'étudiant tchadien, Souleyman Adoum Souleyman, et d'une autre étudiante, arrêtée elle aussi à Paris, via le mécanisme de citation directe qui permet à un plaignant de saisir directement le tribunal.

Après la diffusion de l'intégralité du fichier audio de 23 minutes, le jeune homme se remémore à la barre cette soirée où il a été violemment arrêté par les policiers. 

Lui qui a toujours nié avoir participé au cortège sauvage, formé suite à une manifestation contre la réforme des retraites, explique au tribunal avoir subi une "balayette", mis au sol par un agent de la Brav-M avant même qu'un mot ne lui soit adressé. 

Dans la foulée, un policier effectue une palpation de l'étudiant, lui touchant fermement les parties génitales en lui disant "tu n'as pas de couilles, toi". 

Pour ce geste, Souleyman Adoum Souleyman accuse le gardien de la paix d'agression sexuelle et les dix agents de cette brigade de complicité d'agression sexuelle. 

Après ce geste, l'étudiant est amené dans une rue à proximité et assis dos au mur, aligné avec six autres jeunes arrêtés.

"Efface ton sourire," lui intime de façon répétée un des agents de la Brav-M qui lui assène une première gifle, puis une deuxième. 

"Toi, je t'aurais bien pété les jambes (...) La prochaine fois qu'on vient, tu monteras pas dans le car pour aller au commissariat, tu vas monter dans un autre truc qu'on appelle ambulance pour aller à l'hôpital", menace à son égard un deuxième policier.

"On voulait que j'ai peur," a estimé jeudi Souleyman Adoum Souleyman qui, deux ans après les faits, n'a toujours "pas compris pourquoi quatre policiers étaient devant moi".

L'avocat de SOS racisme, qui se porte partie civile dans ce dossier, note qu'il était la seule personne racisée parmi les sept interpellés à cet angle de rue au coeur de Paris.

Plaignants et témoins ne peuvent identifier les policiers auteurs des violences et menaces : les agents de la Brav-M étaient casqués et cagoulés au moment des faits. 

"Toi, je t'aurais bien pété les jambes" : des policiers de la Brav-M jugés pour violences et menaces

"C'est un outrage de sourire ?"

Appelés conjointement à la barre, les deux premiers policiers interrogés jeudi ont, comme lors de l'enquête, reconnu et les coups et les menaces portés à l'égard de Souleyman Adoum Souleyman. 

"Son petit air narquois, ses sourires : ça a eu pour impact de m'agacer", explique l'agent auteur des violences physiques qui déplore son "erreur".

"Dans l'enregistrement, à aucun moment M. Souleyman ne manque de respect", lui fait remarquer un des juges. "Votre phrase aujourd'hui c'est +ma main a heurté son visage+. Non, vous l’avez giflé", tance le magistrat. 

L'avocate de la Ligue des droits de l'Homme, constituée partie civile, demande si "c'est un outrage de sourire?".

L'air visiblement gêné, les deux agents répondent par la négative.

À l'issue de leur garde à vue, les sept jeunes interpellés ont été relâchés sans poursuite judiciaire. 

Dans leurs rapports administratifs et à l'audience, les policiers de la Brav-M indiquent qu'ils avaient pour objectif d'interpeller un groupe de manifestants qui auraient mis le feux à des poubelles. 

Aucune preuve de dégradations à proximité du lieu d'interpellation n'a été versée au dossier ou présentée à l'audience. 

En début de soirée, le tribunal a choisi de ne pas commencer les interrogatoires des policiers cités à comparaître, mettant l'audience en continuation au 12 juin. 

Le délibéré sera rendu le 7 juillet.

Une pétition demande la dissolution de la BRAV-M

A voir aussi