Ilaria Sula et Sara Campanella ont été tuées à quelques jours d'intervalle, l'une par son ex-petit ami, l'autre par un amoureux éconduit.
Ilaria Sula, 22 ans, étudiante en statistiques à l'université La Sapienza de Rome, a été attaquée à l'arme blanche par Mark Antony Samson, un étudiant en architecture avec qui elle avait rompu et qui, selon la presse, a avoué le crime.
Son corps a été retrouvé plusieurs jours après sa disparition le 25 mars dans une valise abandonnée au milieu des immondices d'une décharge sauvage non loin de la capitale.
Sara Campanella, une étudiante elle aussi âgée de 22 ans, a été assassinée lundi à Messine, en Sicile, en pleine rue, devant de nombreux témoins, par un camarade d'université, Stefano Argento, obsédé par la jeune femme, qui l'avait éconduit. Lui aussi aurait confessé son crime.
Plusieurs rassemblements ont eu lieu en Italie après ces meurtres pour dénoncer les féminicides et exiger des mesures fortes contre les violences faites aux femmes.
"Un autre monde est possible", pouvait-on lire sur une banderole pendant d'une marche de plusieurs centaines d'étudiants mercredi devant La Sapienza à Rome. "Ce n'est pas une pulsion, c'est du patriarcat", disait un placard au même moment à Messine au cours d'une manifestation.
"Nous avons besoin d'une révolution culturelle", estimait de son côté jeudi le quotidien de référence, Il Corriere della Sera. "Il faut éduquer à la non-violence et au respect de l'autre les enfants, les adolescents, les jeunes. C'est une urgence. Nous ne pouvons plus attendre".
Aucun recensement harmonisé des féminicides n'existe en Italie. L'institut de la statistique fournit des chiffres annuels, le gouvernement des données trimestrielles.
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99 féminicides en 2024
Le ministère de l'Intérieur a compté 10 femmes tuées par leur partenaire ou ex-partenaire affectif sur les trois premiers mois de l'année (contre 13 sur la même période l'an dernier).
L'association "Pas une de moins", dont l'Observatoire national répertorie les crimes contre les femmes, les lesbiennes et les trans, fait quant à elle état de huit féminicides depuis le 1er janvier.
En élargissant le spectre à tous les homicides de femmes commis dans l'entourage familial ou affectif, le nombre des féminicides s'établit, pour 2024, à 99 selon le ministère (dont 61 femmes tuées par leur partenaire ou ex-partenaire), 97, selon "Pas une de moins".
En décembre dernier, Filippo Turetta, un étudiant de 22 ans qui avait poignardé à mort son ex-petite amie Giulia Cecchettin un an plus tôt, a été condamné à la perpétuité. Ce crime avait bouleversé l'Italie et relancé le débat sur les violences faites aux femmes.
Mais, depuis, déplore Il Corriere della Sera, si "quelques mesures ont été prises", "elles ne suffisent pas, elles ne sont pas décisives".
Le gouvernement italien a adopté début mars une réforme faisant du féminicide un crime à part entière et non plus une simple variante de l'homicide, la Première ministre Giorgia Meloni saluant alors "un nouveau pas en avant (...) pour contrecarrer la violence envers les femmes".
Pour Il Corriere della Sera, "aucune norme, aucun instrument législatif ne peut entraver la détermination de qui, mu par la haine, a décidé de tuer".
La Repubblica, qui a titré jeudi sur "Le massacre des jeunes femmes", appelle également à une grande mobilisation pour "l'enseignement, la culture, la dissuasion, la protection, la formation, dans les écoles, les bureaux, les universités, à la télévision, partout".
Et Il Corriere exhorte à ne "pas politiser" les féminicides après que le ministre de la Justice, Carlo Nordio, membre du parti post-fasciste Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni, a stigmatisé "les jeunes adultes appartenant à des ethnies qui n'ont pas la même sensibilité que nous envers les femmes".
"La violence n'a pas de couleur, la violence n'a pas de drapeau", lui a répondu l'éditorialiste Amelia Esposito dans Il Corriere.
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