C'est l'explication proposée jeudi par des scientifiques italiens pour l'étrange découverte dans le crâne d'un jeune Romain, qui serait la première d'un tissu humain vitrifié.
En l'an 79 de notre ère, l'éruption cataclysmique du Vésuve a englouti les cités de Pompéi et Herculanum sous un manteau épais de roches, gaz et cendres brûlantes, dans ce qu'on appelle une nuée ardente.
Leur sort est resté un mystère jusqu'à des fouilles entamées dans les années 1700. Qui ont mis depuis au jour des milliers de corps d'habitants tués pour beaucoup instantanément.
Celui d'un jeune homme d'environ 20 ans a été découvert dans les années 1960, gisant calciné sur un lit de bois d'un bâtiment d'Herculanum dédié au culte de l'empereur Auguste.
"J'ai vu quelque chose de chatoyant dans le crâne brisé"
L'anthropologue italien Pier Paolo Petrone a alors remarqué, en 2018, une chose étrange. "J'ai vu quelque chose de chatoyant dans le crâne brisé", a dit à l'AFP le co-auteur de l'étude parue dans Scientific Reports.
Les restes du cerveau de l'homme avaient été transformés en fragments de verre noir.
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Avec des morceaux atteignant un centimètre de large, a indiqué à l'AFP le vulcanologue Guido Giordano, premier auteur de l'étude.
Leur examen au microscope électronique a révélé "une chose étonnante, vraiment inattendue", selon lui. Les réseaux complexes de neurones, d’axones et de la moelle épinière étaient clairement visibles dans le verre, selon l'étude.
Un résultat ayant tout d'un mystère. Le verre apparaît rarement de façon naturelle dans la nature. Il faut pour cela une température très élevée suivie d'un refroidissement très rapide, pour éviter la cristallisation.
"L'unique exemple sur Terre"
Un phénomène causé, par exemple, par un impact de météorite, un éclair de foudre ou de la lave. Mais qui a peu de chance de fonctionner sur un tissu humain, qui est essentiellement composé d'eau.
Le cerveau du jeune romain est "l'unique exemple sur Terre" d'un tissu animal transformé en verre, selon l'étude.
Qui a déterminé qu'il avait dû être exposé à une température dépassant brutalement 510° Celsius. Au-delà des 465 degrés de la nuée ardente qui a englouti la ville.
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Le cerveau a donc dû refroidir rapidement après le premier choc de température, et avant celui de la nuée, aussi appelé nuage pyroclastique.
Le "seul scénario possible" est donc que le Vésuve ait expulsé un premier nuage de cendres brûlantes, qui se serait rapidement dissipé.
Une théorie que conforte la présence d'une mince couche de cendres qui a couvert la ville avant d'être ensevelie par la nuée ardente. Et qui voudrait dire que c'est le nuage de cendres et non la nuée qui aurait décimé les habitants d’Herculanum.
"Très peu étudiés"
Guido Giordano espère que cette recherche suscite des travaux sur le danger posé par ces nuages de cendres brûlantes, qui sont "très peu étudiés", car ils laissent peu de traces.
C'est un tel nuage qui aurait tué, selon lui, les vulcanologues français Katia et Maurice Krafft, réputés morts dans une nuée ardente en 1991.
Comme les 215 victimes de l'éruption en 2018 du volcan Fuego au Guatemala.
"Il y a un créneau de survie" face à de tels phénomènes selon le vulcanologue qui suggère, par exemple, l'installation près des volcans de bâtiments pouvant supporter de telles températures.
Mais pourquoi le jeune romain d’Herculanum a-t-il été apparemment le seul à connaître un tel sort?
A la différence de Pompéi, les habitants d’Herculanum ont eu un peu plus de temps pour fuir vers la mer Méditerranée toute proche. Et leurs corps ont été retrouvés dans cette direction.
Le jeune romain, supposé garder le bâtiment où on l'a retrouvé, est resté sur son lit et a été frappé directement par le nuage de cendres.
"Il était peut-être ivre", a plaisanté Guido Giordano.