Cette fonctionnaire d'une trentaine d'années a été "mise en examen pour complicité de trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs, non justification de ressources, violation du secret professionnel et consultation illicite de fichiers judiciaires", a confirmé à l'AFP le procureur d'Aix-en-Provence, Jean-Luc Blachon, après des informations émanant d'une source judiciaire.
Elle a ensuite été placée en détention provisoire vendredi ,sur décision du juge des libertés et de la détention.
Cette greffière, dont le métier consiste à assister les magistrats dans leurs dossiers, authentifier les actes juridictionnels ou jouer un rôle d'intermédiaire dans les procédures, avec les avocats notamment, menait un train de vie qui ne correspondait pas à ses revenus.
"Au courant de choses troublantes"
Il lui est notamment reproché, ce qu'elle conteste en partie, d'avoir consulté des fichiers et transmis des informations à un trafiquant avec lequel elle vivait jusqu'à ce qu'il soit incarcéré après une condamnation, a-t-on appris de source policière.
C'est en menant des investigations autour d'un réseau de trafic de cocaïne et de cannabis à Marseille, épicentre du narcobanditisme en France, que les enquêteurs de l'Office anti-stupéfiants (Ofast) ont découvert qu'elle vivait avec la tête de ce réseau qui n'appartient pas à la DZ Mafia mais entretient des liens avec ce groupe criminel et notamment avec les dealers de la cité des Oliviers A, très important point de deal des quartiers Nord, selon cette même source.
"Elle était au courant de choses troublantes, elle consultait des renseignements sur des personnes liées à son compagnon et sur leurs ennemis", ajoute la source policière.
Quinze autres personnes ont été mises en examen dans le cadre de cette information judiciaire, dont 13 ont été aussi incarcérées.
Deux policiers de l'office antistupéfiants mis en examen pour trafic de stupéfiants et blanchiment
Pas juste des enveloppes
"La corruption ne se limite pas à la simple remise d'une enveloppe" et "ça reste exceptionnel dans les tribunaux, mais lorsqu'il y a des moutons noirs, il faut savoir les identifier et s'en séparer", commentait samedi une source proche de l'enquête auprès de l'AFP.
Selon elle, cette affaire est en tous cas une nouvelle preuve "de la puissance financière des trafiquants, qui augmente le risque de corruption".
En charge de cette enquête, l'Office anti-stupéfiants (Ofast) de Marseille, service réputé d'enquête, a lui . été éclaboussé cette semaine avec la mise en examen et l'incarcération de deux de ses membres pour trafic de stupéfiants en bande organisée, blanchiment ou faux en écriture publique
Contacté par l'AFP, la présidence du tribunal judiciaire de Marseille n'a pas souhaité réagir samedi, soulignant que cette procédure "relève à présent du juge d'instruction saisi de l'affaire" au tribunal judiciaire d'Aix.
Procureur général près la cour d'appel d'Aix-en-Provence, Franck Rastoul, sollicité par l'AFP, a lui rappelé que "la justice doit passer partout, y compris chez elle si nécessaire": "Cette affaire est un rappel ferme à l'ordre sur les exigences qui pèsent sur tous et notamment sur le personnel judiciaire".
La source policière contactée par l'AFP a elle confié sa "colère" et "sa grande tristesse" face à ces deux dossiers impliquant des policiers et du personnel judiciaire.
Après le bain de sang de 2023, avec près de 50 morts, le nombre de narchomicides a baissé de moitié l'an dernier à Marseille. Sur 2025, l'AFP recense un seul mort à ce stade.
Mais si les homicides sont moins nombreux, le trafic est loin d'avoir disparu. Cette semaine, l'Ofast a ainsi mené un coup de filet à la cité du Castellas (15e arrondissement) et interpellé 16 personnes, toutes mises en examen. Parmi elles, neuf ont été écrouées, dont le frère aîné d'un des chefs présumés de la DZ Mafia, selon la source policière. Quelque 92.000 euros en liquide ont également été saisis.
L’Assemblée nationale vient justement d'adopter une proposition de loi sénatoriale pour "sortir la France du piège du narcotrafic", qui prévoit notamment la création d'un Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) ou un nouveau régime carcéral d'isolement pour les trafiquants les plus dangereux.