"Les parents d'élèves de l'école maternelle Emile Zola se sont exprimés: la proposition de transférer les 4 classes dès la rentrée des vacances de printemps a été majoritairement retenue", a écrit sur X (ex-Twitter) le maire socialiste de la ville au nord de Paris Karim Bouamrane.
Le maire a détaillé les résultats: "100 pour un transfert pour le mois d'avril / 97 pour un transfert pour le mois de septembre".
Les parents d'élèves rencontrés par l'AFP jeudi après-midi reflétaient ce contraste des opinions.
"On observe les files des gens qui viennent acheter des stupéfiants, les enfants s'interrogent. C'est vrai qu'on a l'impression que l'école est enclavée au milieu du trafic de drogue qui laisse place à l'insécurité", témoignait Sarah Diallo, responsable des achats de 42 ans, accompagnée de ses deux enfants en petite et grande section.
"Les parents d'élèves ont tiré la sonnette d'alarme, il faut y répondre", ajoute-t-elle, se disant favorable au déplacement des classes.
"Comment une commune peut déménager une école à cause d'individus qu'on doit combattre ensemble ? Si on ferme l'école, ça devient quoi demain ?", s'interrogeait quant à lui Yahya Diarrassouba, se disant "choqué".
"On fuit le problème, on déplace le problème. Qu'est-ce qui est le plus important ? C'est l'avenir de nos enfants", insiste le père de famille de 51 ans qui a voté contre le déplacement rapide de l'école.
L'annexe de l'école maternelle, qui regroupe quatre classes et 60 élèves, est située dans le passage Elizabeth à Saint-Ouen, à 300 mètres du périphérique.
Des cris enjoués d'enfants s'échappent de la cour de récréation, invisible depuis le passage.
Le mur qui ceint l'école est surmonté de hauts grillages et recouverts de street art. Sont également écrits à la bombe de peinture "Arago" et "24/24" soit les horaires d'ouverture supposés du point de deal.
Organisée par la municipalité, la votation citoyenne intervenait après le jet en janvier d'une bonbonne de protoxyde d'azote dans une fenêtre de l'école. Depuis mai 2024, des petits sachets de drogue ont également été retrouvés trois fois dans la cour de récréation.
Les classes concernées devraient être transférées à quelques centaines de mètres, dans les locaux du relais petite enfance et au sein d'un groupe scolaire.
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"Dernier signe d'un service public"
"Que font les dealers quand ils se font courser ? Ils balancent leurs sachets un peu partout", déplorait mercredi auprès de l'AFP le maire PS Karim Bouamrane, rappelant que sa "responsabilité est de mettre les moyens pour apporter la sécurité et pour les enfants, et pour les parents".
"Maintenant, je compte sur les autorités compétentes qui se sont engagées au plus haut niveau (...) pour que cette annexe puisse accueillir de nouveau les enfants dans un environnement sécurisé", a écrit jeudi soir dans son communiqué M. Bouamrane, citant Elisabeth Borne et Bruno Retailleau.
"Les services de police et l'État ne reculent pas", a affirmé sur BFMTV le préfet de police de Paris Laurent Nuñez.
"On continuera à s'attaquer à ce point de deal comme on le fait. En ce moment, il y a une présence policière en permanence (...) C'est un point de deal qu'on ne va pas lâcher", a-t-il assuré, relevant que le nombre de points de deal était passé de sept à trois depuis 2020 à Saint-Ouen.
Jeudi matin sur France 2, la ministre de l'Education nationale a martelé que "l'école ne reculera jamais face à la violence". "On en a parlé avec Bruno Retailleau (ministre de l'Intérieur, ndlr). Évidemment, le gouvernement est déterminé à rétablir un environnement sûr pour cette école" même si "des classes peuvent déménager provisoirement".
"Notre objectif, c'est que l'école puisse se réinstaller", a souligné Mme Borne.
De son côté, le député Insoumis Eric Coquerel avait estimé que "l'école, à cet endroit-là, était le dernier signe d'un service public, d'une vie citoyenne.(…) L'école fermant, ça veut vraiment dire que vous laissez place nette au trafic".
Face aux critiques, le maire de Saint-Ouen assure qu'en cas de déménagement, "une association culturelle d'adultes s'installera (dans ces locaux), donc il n'y aura pas de recul du service public". "Tous les mètres carrés seront occupés par la puissance publique", assure Karim Bouamrane.
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