Les syndicats ont appelé à une grève générale dans le privé et le public qui va affecter tout particulièrement les transports. Trains, ferrys, bus, tramways, taxis seront quasiment à l'arrêt tandis que de nombreuses liaisons aériennes ont été annulées.
Des manifestations pour exiger des réponses sur les causes exactes de cette collision frontale entre deux trains sont prévues dans plus de 200 villes en Grèce ainsi qu'à l'étranger.
La mobilisation s'annonce "d'une ampleur historique", assurait jeudi le quotidien Efsyn (gauche). Depuis plusieurs semaines, les accusations et soupçons de dissimulation occupent presque tout le champ politique et médiatique.
Dans les rues d'Athènes notamment ont fleuri des affiches réclamant "justice" et dénonçant une "dissimulation" présumée des responsabilités dans le pire accident ferroviaire en Grèce, une accusation portée par le collectif des familles de victimes et la société civile.
Le 28 février 2023, peu avant minuit, un train reliant Athènes à Thessalonique (nord), avec plus de 350 passagers à son bord, avait heurté de plein fouet un train de marchandises dans la vallée de Tempé, à environ 350 km au nord de la capitale.
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"Traumatisme collectif"
Les deux trains avaient circulé sur la même voie pendant 19 minutes sans qu'aucun système d'alarme ne soit déclenché.
La collision, qui a tué 57 personnes dont de nombreux étudiants, a suscité un immense émoi au point de devenir un "traumatisme collectif" en Grèce, selon le Premier ministre conservateur, Kyriakos Mitsotakis.
Etrillé par l'opposition qui accuse son gouvernement de vouloir cacher les causes véritables de l'accident, le chef du gouvernement se retrouve en difficulté politique.
Fin janvier, plus de 40.000 personnes avaient déjà défilé à Athènes et Thessalonique.
Outre l'erreur humaine imputée au chef de gare local ce soir-là, l'enquête avait immédiatement révélé de graves négligences sur le réseau ferré, notamment l'absence de mise aux normes des systèmes de sécurité.
Plus de 40 personnes ont été poursuivies mais aucune n'a encore été jugée.
"Les mots ne suffisent plus", a lancé le collectif des familles de victimes dans un communiqué avant les commémorations. "C'est le moment d'agir, de changer, de construire un avenir dans lequel aucune famille n'aura plus à vivre une telle douleur", selon ce texte.
Le gouvernement conservateur ne cesse de rejeter les accusations des partis d'opposition qui évoquent un "plan organisé" de dissimulation pour protéger de hauts responsables.
Kyriakos Mitsotakis, confortablement réélu quatre mois seulement après la catastrophe, a dénoncé ce qu'il voit comme une tentative de "déstabiliser" le pays.
Cargaison illégale
"Certains souhaitent transformer ce deuil collectif en une occasion de division en exploitant la douleur pour leurs propres fins", a-t-il fustigé avant un conseil des ministres mercredi.
Il a également réaffirmé que cet accident avait mis en lumière "des erreurs, des retards, des carences chroniques, des malversations dans le mécanisme étatique".
Un rapport d'experts financé par les familles des victimes a conclu que le train de marchandises transportait une cargaison illégale et non déclarée de produits chimiques explosifs, ce qui aurait contribué au nombre élevé de victimes.
Jeudi, l'agence grecque de sécurité de l'aviation et des chemins de fer a indiqué de son côté qu'il y avait une "présence possible" d'un "carburant inconnu" sur le lieu de l'accident.
"C'est à la justice" de faire son travail, a laconiquement commenté le porte-parole du gouvernement, Pavlos Marinakis.
Les partis d'opposition veulent déposer une motion de censure la semaine prochaine et exigent une enquête parlementaire pour établir si les autorités ont nettoyé les lieux rapidement après l'accident, détruisant ainsi d'importantes preuves.
Dans un pays où la défiance à l'égard des responsables politiques est grande, 72% des personnes interrogées estiment que le gouvernement a tenté de couvrir l'affaire, selon un sondage pour la chaîne privée Alpha TV.
"La confiance de la société grecque dans la justice est ébranlée", a récemment martelé le chef du parti de gauche Syriza, Sokratis Famellos.
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