"Trois frappes de drones ont été menées" dans la nuit de vendredi à samedi dans le Khyber Pakhtunkhwa, dans l'ouest frontalier de l'Afghanistan où les violences explosent depuis quelques mois, a indiqué un haut-responsable de la police sous couvert d'anonymat, assurant qu'elles ciblaient des "repaires des talibans pakistanais".
"Mais ce n'est que ce matin que nous avons appris que deux femmes et trois enfants figuraient parmi les victimes", a-t-il précisé.
"En signe de protestation, des résidents locaux ont placé les corps des victimes sur la route", affirmant qu'il s'agissait de "civils innocents" tués lors des frappes, a poursuivi l'officier de police.
Une autre source policière a assuré qu'une "enquête était en cours pour établir si des talibans étaient bien présents sur les sites au moment de l'attaque".
"Il est trop tôt pour dire si les endroits touchés étaient des zones civiles ou si elles abritaient des talibans", a-t-il ajouté.
Le mouvement des talibans pakistanais, le TTP, formé au combat avec les talibans désormais au pouvoir à Kaboul et qui partage leur idéologie, avait annoncé mi-mars sa "campagne annuelle du printemps 2025", menaçant dans un communiqué les troupes d'"embuscades, attaques ciblées, attentats suicides et frappes" sur leurs hommes et leurs positions.
Depuis le lancement de cette "opération Tranchée", en référence à une bataille des débuts de l'islam, le groupe a revendiqué une centaine d'attaques dans le Khyber-Pakhtunkhwa, la dernière datant de vendredi.
Dans la même province, des "talibans armés" ont tué sept militaires qui menaient une opération contre eux, a indiqué samedi une source policière.
"Les combattants cachés dans une maison ont tiré sur les forces de sécurité", a-t-elle poursuivi.
Durant la fusillade de plusieurs heures, l'armée a déployé des hélicoptères de combat, tuant huit talibans, tandis que six autres militaires étaient blessés, selon la même source.
Depuis le 1er janvier, selon un décompte de l'AFP, plus de 190 personnes, en majorité des membres des forces de sécurité, ont été tuées dans des violences menées par des groupes armés en lutte contre l'Etat, dans le Khyber-Pakhtunkhwa comme au Baloutchistan.
Dans cette province, récemment théâtre d'une spectaculaire prise d'otages par des séparatistes, l'explosion d'une bombe posée sur une moto vendredi soir a tué un paramilitaire et un civil, a indiqué à l'AFP l'officier de police Mohsin Ali.
En outre, trois paramilitaires et un civil ont été blessés, selon lui, dans cette explosion déclenchée au passage du véhicule des paramilitaires dans le district de Gwadar, particulièrement sensible puisqu'il héberge d'énormes infrastructures chinoises.
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Recrudescence d'attaques
Chaque jour désormais, au moins une attaque, d'ampleur plus ou moins importante, est rapportée dans l'ouest frontalier de l'Afghanistan où l'armée assure régulièrement tuer des "terroristes" lors d'opérations de ratissage, sans pour autant endiguer la violence.
Les attaques se sont notamment multipliées au Pakistan depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en août 2021.
Islamabad accuse les nouveaux maîtres de Kaboul de ne pas éliminer les militants se réfugiant sur le sol afghan pour préparer des attaques contre le Pakistan.
Le gouvernement taliban nie ces accusations et accuse en retour le Pakistan d'héberger des cellules "terroristes" sur son sol, pointant notamment du doigt la branche régionale du groupe Etat islamique, l'EI-K.
"Le Pakistan attend du gouvernement afghan qu'il prenne ses responsabilités", assurait l'armée début mars, se "réservant le droit de prendre les mesures nécessaires pour répondre à ces menaces venant de l'autre côté de la frontière".
Le Centre pour la recherche et les études sur la sécurité d'Islamabad estime que l'année 2024 a été la plus meurtrière en près d'une décennie au Pakistan, avec plus de 1.600 morts, pour près de la moitié des membres des forces de sécurité.
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